{"id":55607,"date":"2024-01-14T08:28:23","date_gmt":"2024-01-14T08:28:23","guid":{"rendered":"https:\/\/lestracesdelinfo.com\/?p=55607"},"modified":"2024-01-14T08:28:27","modified_gmt":"2024-01-14T08:28:27","slug":"enquete-les-refugies-mauritaniens-34-ans-apres-entre-2-rives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lestracesdelinfo.com\/index.php\/2024\/01\/14\/enquete-les-refugies-mauritaniens-34-ans-apres-entre-2-rives\/","title":{"rendered":"Enqu\u00eate \u2013 Les r\u00e9fugi\u00e9s mauritaniens 34 ans apr\u00e8s : ENTRE 2 RIVES"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/lequotidien.sn\/author\/aicha\/\">Lequotidien<\/a>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lequotidien.sn\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/refugies-mauritanie.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>34 ans&nbsp;! C\u2019est le d\u00e9compte du temps qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9 depuis cette matin\u00e9e sombre du 9 avril 1989 \u00e0 Dond\u00e9 Xor\u00e9e, situ\u00e9 dans le d\u00e9partement de Bakel, provoquant l\u2019\u00e9clatement du conflit s\u00e9n\u00e9galo-mauritanien. Plus de 800 \u00abn\u00e9gro-mauritaniens\u00bb avaient \u00e9t\u00e9 atrocement tu\u00e9s et 60&nbsp;mille chass\u00e9s de leur pays. Au S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9 la majorit\u00e9 a trouv\u00e9 refuge, l\u2019envie et le d\u00e9sir de rentrer sont l\u00e0, en d\u00e9pit des souvenirs sanglants qui meublent leurs journ\u00e9es et nuits. Ils ont tout entass\u00e9 dans leur m\u00e9moire. Des conditions de vie pr\u00e9caires viennent renforcer ce d\u00e9sir. Mais h\u00e9las&nbsp;! Le projet du retour pour ces r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9parpill\u00e9s le long du fleuve S\u00e9n\u00e9gal est une d\u00e9sillusion totale. Les promesses non tenues et la politique du gouvernement mauritanien se sont li\u00e9es pour transformer cet espoir en une longue et infernale attente. Gr\u00e2ce \u00e0 une bourse de Minority Rights Group (Mrg), Le Quotidien a pu se rendre au niveau des deux rives du fleuve S\u00e9n\u00e9gal pour rencontrer ces hommes qui r\u00eavent d\u2019un autre avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res images du village d\u2019Aly Baidi, situ\u00e9 dans la r\u00e9gion de Brakna, dans le d\u00e9partement de Mbagne, sont celles de ces groupes de femmes en train d\u2019arroser des plants de l\u00e9gumes. Le champ de quelques hectares \u00e0 peine, est situ\u00e9 \u00e0 l\u2019or\u00e9e du hameau, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du forage. Juste apr\u00e8s, c\u2019est la maison de la famille Ndiaye. Sans cl\u00f4ture comme souvent au village, la maison est compos\u00e9e d\u2019une b\u00e2tisse basse en brique de terre, recouverte d\u2019un toit de t\u00f4le. Dans la cour, une tente sous laquelle une jeune demoiselle pr\u00e9pare du th\u00e9. Tout autour, le village s\u2019\u00e9tend \u00e0 perte de vue, et quelques maisons en ruine composent le paysage. Nous sommes \u00e0 quelque 12 kilom\u00e8tres du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, en terre mauritanienne. Dans ce village, des r\u00e9fugi\u00e9s mauritaniens de retour au pays essaient de retrouver un peu de cette vie opulente qu\u2019ils avaient avant 1989. A Aly Baidi, elles sont quelques familles \u00e0 avoir quitt\u00e9 leur exil de Diam Bouri, un village s\u00e9n\u00e9galais \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de P\u00e9t\u00e9, pour retourner dans leur pays d\u2019origine. Mais ce retour est teint\u00e9 de d\u00e9sillusion. Abou Ndiaye, le chef de famille, \u00e9tait parmi les hommes les plus puissants de la contr\u00e9e. Son immense troupeau lui conf\u00e9rait respect et consid\u00e9ration. Mais aujourd\u2019hui, lui et sa famille sont confin\u00e9s \u00e0 la marge du village. Ils sont devenus des \u00abMoub aad\u00bb, des \u00abmis \u00e0 part\u00bb. \u00abCeux qui sont rentr\u00e9s sont nomm\u00e9s aujourd\u2019hui en Mauritanie des \u00abmis \u00e0 part\u00bb. Et pour des gens qui comprennent la situation sociologique de la Mauritanie, ils savent que cette mise \u00e0 part veut tout dire&nbsp;: probl\u00e8me d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 l\u2019eau potable. Les \u00e9l\u00e9ments les plus fondamentaux du droit humain sont bafou\u00e9s pour eux\u00bb, explique Diafara Diallo, chef du site de r\u00e9fugi\u00e9s de Madina Ndiathb\u00e9, dans la vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Dans ce village mauritanien, les \u00e9v\u00e8nements de 1989 ne peuvent \u00eatre gomm\u00e9s des m\u00e9moires. Abou Amadou Ndiaye, le chef de famille, ne cache pas son amertume. \u00abIls avaient promis de nous donner un b\u00e2timent o\u00f9 vivre, des t\u00eates de b\u0153ufs, du ravitaillement et des papiers\u00bb, explique-t-il. Mais la r\u00e9alit\u00e9 sera diff\u00e9rente. Les maisons abandonn\u00e9es au moment du sauve-qui-peut ne sont plus disponibles. Certaines ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9es par les villageois qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9es. D\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 pill\u00e9es et enti\u00e8rement razzi\u00e9es par d\u2019autres. D\u2019autres encore ont tout simplement \u00e9t\u00e9 perdues par l\u2019usure du temps. Des t\u00eates de b\u00e9tail promises, ils ne recevront qu\u2019une pour 4 ou 5 personnes. Pourtant, ces promesses \u00e9taient inscrites noir sur blanc dans l\u2019accord tripartite sign\u00e9 le 12 novembre 2007 entre le gouvernement s\u00e9n\u00e9galais, la Mauritanie et le Haut-commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (Hcr). Cet accord devait permettre le retour dans leur pays de quelque 24&nbsp;000 r\u00e9fugi\u00e9s mauritaniens. Mais l\u2019op\u00e9ration n\u2019ira pas \u00e0 son terme. Les retours se feront suivant un calendrier tr\u00e8s perturb\u00e9. En juillet 2008, seulement 4700 personnes \u00e9taient revenues au pays, dans des conditions tr\u00e8s pr\u00e9caires, souligne Marion Fr\u00e9sia dans son ouvrage \u00abLes enjeux politiques et identitaires du retour des r\u00e9fugi\u00e9s en Mauritanie\u00bb. Le Hcr, qui devait organiser ces retours, avait re\u00e7u suite \u00e0 un appel au don, 1, 5 million sur des besoins estim\u00e9s \u00e0 7 millions de dollars. \u00abLe gouvernement mauritanien garantira aux rapatri\u00e9s les m\u00eames droits et l\u2019acc\u00e8s aux m\u00eames services que les autres ressortissants mauritaniens. Cela comprend l\u2019acc\u00e8s aux documents d\u2019identit\u00e9 et la participation aux activit\u00e9s socio-\u00e9conomiques\u00bb, indique Jennifer Pagonis, porte-parole du Hcr, le 31 ao\u00fbt 2007, au cours d\u2019une conf\u00e9rence de presse \u00e0 Gen\u00e8ve annon\u00e7ant la reprise des rapatriements. \u00abBeaucoup de ceux qui sont revenus n\u2019ont pas pu obtenir de papiers\u00bb, constate Aminata Demba Sy, du village d\u2019Aly Baidi. \u00abLes r\u00e9fugi\u00e9s ne peuvent plus obtenir de papiers. Ils sont oblig\u00e9s de taire cela pour avoir une petite chance d\u2019obtenir une carte d\u2019identit\u00e9 par le circuit normal. Et encore&nbsp;!\u00bb, poursuit-elle. Dans le contexte actuel o\u00f9 le gouvernement mauritanien est engag\u00e9 dans une politique d\u2019arabisation de la soci\u00e9t\u00e9, les negro-mauritaniens peinent \u00e0 exister, \u00e0 avoir une pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9. \u00abOn te demande les certificats de mariage de tes grands parents. C\u2019est vraiment de la mauvaise volont\u00e9\u00bb, d\u00e9nonce un vieux refugi\u00e9 du village.<\/p>\n\n\n\n<p>A Aly Baidi, le retour s\u2019est fait dans la douleur. Dans les c\u0153urs, la ranc\u0153ur est bien pr\u00e9sente. Mais la r\u00e9signation encore plus. Dans son c\u0153ur de m\u00e8re, la col\u00e8re de Aminata est attis\u00e9e par le fait que ses enfants n\u2019ont plus acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation. \u00abQuand on est arriv\u00e9s, l\u2019Aner, partenaire du Hcr dans la r\u00e9gion, avait construit une salle de classe pour nos enfants dans l\u2019\u00e9cole. Mais comme l\u2019enseignant qui \u00e9tait ici, est arriv\u00e9 \u00e0 la fin de son contrat, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9. Depuis, nos enfants ne vont plus \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00bb, dit-elle. Idem pour la sant\u00e9. La structure sanitaire la plus proche se trouve au village voisin, distant de 2 \u00e0 4 km. Les femmes, en l\u2019absence d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et de moulin \u00e0 mil, passent encore de longues heures dans les corv\u00e9es d\u2019eau et de pilage de mil. Le petit p\u00e9rim\u00e8tre mara\u00eecher qu\u2019exploitent les femmes, vient \u00e0 peine de red\u00e9marrer, faute d\u2019une disponibilit\u00e9 suffisante de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jeu trouble des Etats<\/strong><br>Retourner dans son pays de naissance, revoir le berceau de ses anc\u00eatres. Les r\u00e9fugi\u00e9s mauritaniens de la vall\u00e9e du fleuve ont cet espoir chevill\u00e9 au corps. Un espoir qui a pouss\u00e9 un nombre consid\u00e9rable d\u2019entre eux \u00e0 tenter le retour. Selon le Hcr, 35 mille personnes sont rentr\u00e9es spontan\u00e9ment en Mauritanie de 1996 \u00e0 1998. Vingt ans plus tard, en 2017, 24 mille r\u00e9fugi\u00e9s mauritaniens vivant dans plus de 250 emplacements diff\u00e9rents au S\u00e9n\u00e9gal, souhaitaient encore rentrer dans quelque 50 communaut\u00e9s, de quatre r\u00e9gions de la Mauritanie. La conclusion d\u2019un accord tripartite entre les gouvernements mauritanien, s\u00e9n\u00e9galais et le Hcr avait rendu ce r\u00eave du retour plus palpable. Mais apr\u00e8s deux d\u00e9cennies de tentatives mitig\u00e9es, ces op\u00e9rations de rapatriement ont cess\u00e9. Et ne subsistent dans les c\u0153urs et les esprits des refugi\u00e9s de la vall\u00e9e qu\u2019une multitude de questions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Encadre Les r\u00e9fugi\u00e9s de Dakar parlent des m\u00eames maux<\/strong><br>Le quartier est survolt\u00e9 \u00e0 Guinaw Rail, dans la banlieue de Dakar. Partout, des drapeaux rappellent qu\u2019une finale va opposer ce samedi apr\u00e8s-midi, les deux \u00e9quipes de football du quartier. Aux abords du march\u00e9 Waranka, c\u2019est dans le centre de sant\u00e9 du quartier que nous rencontrons Mamadou Lamine Ba, le coordinateur des organisations de r\u00e9fugi\u00e9s de Dakar. Arriv\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 25 ans, il est aujourd\u2019hui technicien en odontologie.<br>\u00abJ\u2019ai eu une bourse du Hcr pour \u00eatre infirmier d\u2019Etat. Ensuite, j\u2019ai suivi une formation de technicien sup\u00e9rieur en odontostomatologie. Mais je ne peux pas \u00eatre recrut\u00e9 dans la Fonction publique et je suis mal pay\u00e9\u00bb, raconte-t-il. Ils sont nombreux, les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s issus de la communaut\u00e9 de r\u00e9fugi\u00e9s qui peinent \u00e0 avoir un contrat de travail en bonne et due forme. Mamadou Lamine Ba dispose d\u2019une carte d\u2019identit\u00e9 de refugi\u00e9 valant titre de s\u00e9jour. Mais depuis septembre 2023, celle-ci a expir\u00e9, et rien n\u2019est encore clair quant au renouvellement de sa pi\u00e8ce.<br><strong>Par Mame Woury THIOUBOU mamewoury@lequotidien.sn<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lequotidien\u00a0 34 ans&nbsp;! C\u2019est le d\u00e9compte du temps qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9 depuis cette matin\u00e9e sombre du 9 avril 1989 \u00e0 Dond\u00e9 Xor\u00e9e, situ\u00e9 dans le d\u00e9partement de Bakel, provoquant l\u2019\u00e9clatement du conflit s\u00e9n\u00e9galo-mauritanien. 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