
(Agence Ecofin) – Le rapport souligne que la hausse des températures et des vagues de sécheresse devrait déplacer des zones de pâturage des zones d’arrière-pays, comme les hauts plateaux éthiopiens, la vallée du Rift est-africain et le bassin du Congo, vers les zones du Sud, tandis que les prairies côtières disparaîtraient.
Le changement climatique pourrait réduire la superficie des prairies africaines de jusqu’à 65% d’ici la fin du siècle en cours, avec des effets délétères sur la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance des populations et le secteur de l’élevage sur le continent. C’est ce qu’observe un rapport publié le lundi 9 février par le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK).
Intitulé « Climate change drives a decline in global grazing systems », le rapport du think tank allemand s’appuie sur le concept d’« espace climatique sûr » (safe climatic space), c’est-à-dire une plage de températures et de conditions météorologiques dans laquelle les prairies propices au pâturage peuvent prospérer. L’espace climatique sûr pour les zones de pâturage des bovins, ovins et caprins est défini par une température comprise entre -3 et 29 °C, des précipitations allant de 50 à 2627 millimètres par an, une humidité située entre 39 % et 67 %, et une vitesse du vent comprise entre 1 et 6 mètres par seconde.

La réduction des superficies des zones de pâturage ne devait épargner aucune région du monde, selon les modélisations réalisées par les auteurs. L’Afrique est cependant particulièrement vulnérable, étant donné que les conditions climatiques du continent sont déjà proches des limites extrêmes que peuvent supporter les prairies. La superficie des prairies africaines pourrait ainsi diminuer de 16 % d’ici 2100, dans un scénario où les émissions mondiales de gaz à effet de serre provenant de la combustion des énergies fossiles et d’autres sources sont réduites de manière drastique.
Un scénario de statu quo (business as usual) dans lequel les émissions continuent d’augmenter, pourrait entraîner des pertes allant jusqu’à 65 %, car les températures sur le continent situent déjà ce dernier dans la partie supérieure de la fourchette climatique considérée comme propice au pâturage.
Plus de 110 millions d’éleveurs pourraient perdre leurs moyens de subsistance
Avec la montée des températures et les vagues de sécheresse induites par le dérèglement climatique, plusieurs zones de pâturage devraient se déplacer vers le Sud, depuis les hauts plateaux éthiopiens, la vallée du Rift est-africain, le bassin du Kalahari (une grande plaine de plus de 2,5 millions de km2 couvrant plusieurs pays d’Afrique australe, dont le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud) et le bassin du Congo. Les zones de pâturage côtières, qui n’auront nulle part où se déplacer, disparaîtraient quant à elles.
« Cet éloignement de ce que nous identifions comme l’espace climatique sûr remet vraiment en question l’efficacité des stratégies d’adaptation qui ont été utilisées dans des régions comme l’Afrique en période de difficultés, telles que le changement d’espèces ou la migration des troupeaux. Les changements sont tout simplement trop importants pour cela », a déclaré Prajal Pradhan, professeur adjoint à l’Université de Groningue (Pays-Bas), chercheur au PIK et coauteur de l’étude.
Selon lui, les conclusions de l’étude prouvent que le changement climatique aggravera les inégalités existantes et risque de déstabiliser les systèmes agroalimentaires ainsi que les communautés qui en dépendent en Afrique comme ailleurs. L’élevage est un pilier socio-économique majeur, représentant en moyenne 15 % du PIB des pays africains. Secteur clé pour la sécurité alimentaire, l’emploi et les revenus des petits exploitants, il est principalement pastoral (80 % du cheptel).

A l’échelle mondiale, 36 à 50 % des terres présentant aujourd’hui des conditions climatiques propices au pâturage risquent de perdre leur viabilité d’ici 2100, en raison du changement climatique. Cette perte affecterait 110 à 140 millions d’éleveurs et 1,4 à 1,6 milliard d’animaux de pâturage. Entre 51 % et 81 % des populations qui seraient touchées vivent dans des pays à faible revenu, souffrant déjà de famines, d’inégalités graves entre les sexes et de fragilité politique.
A noter que l’élevage est à la fois une industrie menacée par le changement climatique et l’une de ses causes. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production des viandes et des produits laitiers contribue à hauteur d’environ 14,5 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Walid Kéfi