NOTE EXPLICATIVE À L’ATTENTION DES POPULATIONS DE BOGHÉ

Objet : Comprendre la portée de la circulaire relative aux travaux cartographiques du Recensement général de l’Agriculture 2026

Chers parents, chers frères et sœurs de Boghé,
La récente annonce relative au lancement des travaux cartographiques préparatoires au premier Recensement général de l’Agriculture (RGA) de Mauritanie a suscité, à juste titre, des interrogations au sein de certaines populations de Boghé, notamment en raison de la sensibilité particulière de la question foncière dans la Vallée du fleuve Sénégal.


Il est donc important d’expliquer clairement ce que prévoit cette opération, ce qu’elle ne prévoit pas, et pourquoi elle peut constituer une étape utile dans l’amélioration de la connaissance et de la gestion des terres agricoles de notre pays

  1. De quoi s’agit-il exactement ?
    La circulaire adressée aux Walis concerne les travaux cartographiques préparatoires au Recensement général de l’Agriculture 2026.
    L’objectif annoncé est d’identifier et de géolocaliser les exploitations agricoles, selon notamment les différents types de cultures, afin de préparer le recensement proprement dit.
    Des équipes composées d’un chef d’équipe et de deux agents de collecte seront déployées pendant au moins 45 jours. Elles travailleront avec les services départementaux et les autorités locales afin d’identifier les exploitations et d’établir, pour chaque localité, des listes qui seront ensuite validées par procès-verbal.
    Il s’agit donc, dans cette première phase, de savoir où se trouvent les exploitations agricoles, quelle est leur répartition et quelles activités agricoles y sont pratiquées.
  2. Il faut surtout distinguer « exploitation agricole » et « propriété foncière »
    C’est probablement le point le plus important à retenir.
    Le fait qu’une personne exploite une terre agricole ne signifie pas nécessairement qu’elle en est juridiquement propriétaire.
    Une exploitation peut relever de différentes situations : propriété privée, concession, location, exploitation familiale, mise à disposition ou autre situation foncière.
    Par conséquent, le recensement d’une exploitation agricole ne vaut pas, à lui seul, reconnaissance de propriété au profit de celui qui l’exploite.
    De même, cette opération ne signifie pas que l’État va automatiquement retirer ou attribuer des terres aux personnes recensées.
    La circulaire, telle qu’elle est présentée, organise avant tout une opération de connaissance et de cartographie du secteur agricole.
  3. Pourquoi cette opération est-elle particulièrement intéressante pour Boghé ?
    Boghé est l’une des zones agricoles les plus importantes de la Vallée.
    La question foncière y est cependant ancienne, complexe et parfois difficile à lire, en raison de la coexistence de situations différentes : terres exploitées, terres aménagées, concessions, propriétés privées, droits issus d’anciennes mises en valeur, terres familiales, terres non exploitées, etc.
    Or, une politique foncière sérieuse ne peut être construite durablement sans disposer d’abord d’une connaissance précise du terrain.
    On ne peut pas correctement planifier, aménager, protéger, attribuer ou sécuriser les terres agricoles si l’on ne sait pas avec suffisamment de précision :
    Où elles se trouvent ;
    Quelles superficies sont effectivement exploitées ;
    Quelles cultures y sont pratiquées ;
    Qui les exploite ;
    Quelles zones sont aménagées ;
    Quelles zones sont encore disponibles ou insuffisamment mises en valeur.
    La cartographie constitue donc une première étape importante pour disposer d’une meilleure connaissance de la réalité agricole de la Vallée.
  4. Cette opération doit-elle inquiéter les propriétaires et exploitants ?
    Il n’y a pas lieu de considérer la circulaire, à elle seule, comme une décision de retrait ou d’expropriation des terres.
    Une opération de recensement n’est pas une opération d’expropriation.
    La circulaire ne prévoit pas, dans le texte porté à notre connaissance, la suppression des droits de propriété, le transfert automatique des terres à l’État, ni l’attribution automatique des terres recensées à de nouveaux bénéficiaires.
    Il faut donc éviter de tirer de la seule opération cartographique des conclusions qui ne figurent pas dans la circulaire.
    En revanche, les populations ont parfaitement raison de souhaiter que toute information recueillie sur leurs terres soit exacte, transparente et correctement vérifiée.
    C’est pourquoi chacun doit participer à l’opération avec sérieux et fournir, lorsqu’il lui est demandé, les informations et documents permettant de clarifier sa situation.
  5. Une opération qui intervient dans un contexte plus large de réforme foncière
    Il serait toutefois réducteur de considérer cette opération comme un événement isolé.
    En 2026, l’État a engagé plusieurs actions dans le domaine foncier : développement du cadastre, numérisation des données foncières, renforcement de la sécurisation des droits de propriété et travaux relatifs à la réforme foncière.
    En mai 2026, le ministère des Domaines, en collaboration notamment avec la FAO et ENABEL, a organisé un atelier consacré à la sécurisation des droits de propriété foncière dans les zones rurales, avec pour objectifs notamment de contribuer à une meilleure gestion foncière et à la réduction des conflits fonciers. Le ministère a également présenté le projet « Aakar », destiné à créer un entrepôt central de données foncières afin d’unifier et d’organiser les données foncières nationales.
    Par ailleurs, le Gouvernement a annoncé que les travaux de réforme foncière et l’opérationnalisation du cadre réglementaire du secteur se poursuivront en 2026.
    Dans ce contexte, la cartographie des exploitations agricoles peut être comprise comme l’une des composantes d’un effort plus large visant à améliorer la connaissance du territoire et la qualité des données nécessaires à la décision publique.
  6. La situation particulière de la Vallée mérite justement une meilleure connaissance
    La Vallée du fleuve Sénégal connaît aujourd’hui un développement agricole important et attire également de nouveaux investissements.
    À titre d’exemple, l’État a annoncé en juillet 2026 la signature d’un contrat de location à long terme portant sur 53 957 hectares dans les moughataas de Boghé et d’Aleg, ce qui montre l’importance croissante de cette zone dans la politique agricole nationale.
    Dans un tel contexte, il devient encore plus nécessaire que l’administration dispose de données fiables permettant de distinguer clairement :
    Les terres appartenant à l’État, les terres privées, les terres concédées, les terres exploitées, les terres aménagées et les différentes situations d’occupation et de mise en valeur.
    Une meilleure connaissance de ces situations est une condition importante pour prévenir les conflits et améliorer la transparence de la gestion foncière.
  7. Ce que les populations de Boghé doivent retenir
    Il ne faut donc ni banaliser la question foncière, ni céder à l’inquiétude.
    Il faut au contraire accompagner cette opération avec vigilance, responsabilité et sérénité.
    Les populations doivent notamment veiller à ce que :
     Les superficies soient correctement relevées ;
     Les exploitations soient correctement localisées ;
     Les noms des exploitants soient correctement enregistrés ;
     Les situations foncières soient présentées avec exactitude ;
     Les documents disponibles soient conservés et, lorsqu’ils sont demandés, présentés aux agents compétents ;
     Toute erreur matérielle soit signalée aux autorités compétentes ;
     Les procès-verbaux et listes établis au niveau local soient établis avec le maximum de précision.
    La population ne doit surtout pas considérer le recensement comme une menace, mais comme une occasion de faire connaître la réalité agricole de Boghé et de contribuer à une meilleure organisation de son patrimoine foncier agricole.
  8. Une opportunité pour clarifier progressivement la situation foncière
    La question foncière de la Vallée ne pourra pas être réglée par une simple opération de recensement.
    Elle nécessite un travail plus large : identification, cartographie, vérification des droits, confrontation des données, sécurisation juridique, règlement des éventuels conflits et, lorsque cela est nécessaire, régularisation des situations conformément à la législation.
    Mais pour faire ce travail correctement, il faut commencer par connaître précisément la réalité du terrain.
    C’est pourquoi cette opération peut être considérée comme une étape utile dans le processus de clarification et d’amélioration de la gestion des terres agricoles.
    Elle permettra notamment à l’État de disposer progressivement d’une connaissance plus précise des espaces agricoles et de leur utilisation, ce qui pourra contribuer à une meilleure planification du développement agricole et à une gestion foncière plus transparente.
  9. Un appel à la sérénité et à la responsabilité
    Aux populations de Boghé, nous pouvons donc dire ceci :
    Ne nous alarmons pas avant de connaître exactement ce qui est demandé.
    La circulaire porte sur les travaux cartographiques préparatoires au Recensement général de l’Agriculture. Elle ne constitue pas, par elle-même, une décision de retrait des terres ni une décision d’expropriation.
    Mais parce que la terre est une question fondamentale pour notre communauté, nous devons participer à cette opération avec vigilance et responsabilité.
    Il appartient à chacun de faire connaître correctement sa situation et de conserver les documents susceptibles de justifier ses droits.
    Et il appartient à l’administration de faire en sorte que les informations recueillies soient exactes, vérifiables, transparentes et utilisées conformément à leur finalité.
    Conclusion
    Le développement de l’agriculture à Boghé et dans toute la Vallée nécessite une connaissance claire du patrimoine agricole et foncier.
    Le Recensement général de l’Agriculture peut ainsi constituer une étape importante dans cette démarche.
    Connaître les terres, connaître les exploitations, connaître les réalités du terrain : c’est la première condition pour mieux les aménager, mieux les protéger et mieux sécuriser les droits qui s’y rattachent.
    La population de Boghé doit donc accueillir cette opération avec sérénité, vigilance et esprit constructif, tout en restant attentive à la manière dont les données seront recueillies et utilisées.
    L’enjeu n’est pas seulement de recenser les terres agricoles.
    L’enjeu, à terme, est de contribuer à une meilleure connaissance, une meilleure organisation et une meilleure sécurisation du patrimoine foncier agricole de la Vallée.

Abdallahi Sarr : 46 50 03 02
Administrateur de Régie Financière (Retraité)
Expert Foncier Agréé

By Albert C. Diop

HBodiel