
Les traces de l’info : pour ceux qui ne connaissent pas Sarr, qui est vraiment Alioune Hamza Sarr ?
Alioune Hamza Sarr Je m’appelle Alioune Hamza Sarr dit Abdallahi Sarr. Je suis administrateur de régie financière, Inspecteur principal du Trésor et des Domaines, et expert foncier agréé près les tribunaux mauritaniens.
J’ai consacré l’essentiel de ma carrière professionnelle au service de l’État, notamment au sein de l’administration chargée des Domaines et du Patrimoine de l’État, où j’ai exercé pendant près de quatre décennies, dont des responsabilités de direction.
Je suis également titulaire d’une maîtrise en droit, avec un mémoire consacré à la problématique de l’immatriculation foncière en Mauritanie. Mon parcours m’a permis d’acquérir une expérience importante dans les domaines foncier, domanial, patrimonial et de l’évaluation immobilière.
Parallèlement à mon parcours professionnel, je reste profondément attaché à Boghé et au Brakna, auxquels je suis lié par mes origines et par un engagement constant dans les questions qui concernent le développement local, la jeunesse et l’avenir de notre région.
Sur le plan politique, je suis membre du parti au pouvoir et je considère l’engagement politique comme un moyen de participer à la construction du pays et de défendre les intérêts de nos populations.
Plus récemment, j’ai accepté de prendre la présidence du FC Carrefour de Boghé, avec la volonté de contribuer, à travers le sport, à l’encadrement et à l’épanouissement de notre jeunesse.
C’est donc à travers ces différentes expériences — administrative, foncière, politique et citoyenne — que j’aborde cette interview, avec la volonté de parler sans détour des questions qui préoccupent notre pays, notre wilaya du Brakna et particulièrement notre ville de Boghé.
Les traces de l’info : En tant que politicien et membre du parti au pouvoir, appréciez-vous ce gouvernement ?
Alioune Hamza Sarr : Oui, j’ai une appréciation globalement positive de l’action du gouvernement et j’assume pleinement mon appartenance au parti au pouvoir ainsi que mon soutien au programme du Président de la République, Son Excellence Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Mais soutenir l’action du gouvernement ne signifie pas considérer que tout est parfait. Dans toute politique publique, il y a des acquis, des difficultés et des choses qui doivent encore être améliorées. Le rôle d’un responsable politique est justement d’accompagner les efforts de l’État, tout en restant à l’écoute des préoccupations des citoyens.
Ce que je retiens particulièrement de cette période, c’est la volonté de poursuivre les investissements dans les infrastructures, l’eau, l’agriculture, l’électricité, la protection sociale, l’éducation et la santé.
Je pense également qu’il faut juger l’action publique à partir de ce qui est réalisé concrètement sur le terrain et de l’impact de ces réalisations sur la vie quotidienne des populations.
En tant que responsable politique et citoyen, je considère donc que notre devoir est de soutenir ce qui est positif, de reconnaître les difficultés lorsqu’elles existent et surtout de contribuer à leur trouver des solutions.
Les traces de l’info : Pouvez-vous nous citer quelques réalisations concrètes du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au niveau national et particulièrement au Brakna et à Boghé ?
Alioune Hamza Sarr : Au niveau national, plusieurs réalisations peuvent être citées dans les domaines des infrastructures, de l’accès à l’eau potable, de l’agriculture, de l’électricité, de la protection sociale et du désenclavement des zones rurales.
Mais, étant originaire de Boghé et particulièrement attaché au Brakna, je préfère parler de réalisations que nos populations peuvent directement constater.
Je citerai notamment la réhabilitation de la route Boghé-Kaédi, qui représente une infrastructure essentielle pour la circulation des personnes et des marchandises et pour le développement économique de toute cette partie de la vallée.
Je citerai également les investissements consacrés à l’accès à l’eau potable et au développement agricole dans le Brakna, ainsi que les programmes d’aménagement et d’irrigation qui doivent permettre d’accroître les capacités de production agricole.
À Dar El Barka, par exemple, des aménagements agricoles importants ont été engagés, avec notamment des superficies destinées à l’agriculture irriguée et des travaux sur les réseaux d’irrigation.
Il faut également mentionner les programmes d’électrification rurale qui concernent le Brakna et plusieurs autres wilayas.
Je ne prétends pas que tous les problèmes du Brakna sont réglés. Ce serait d’ailleurs une erreur de le dire. Nos populations ont encore des attentes importantes en matière de routes, d’eau, d’emploi, de santé, d’éducation et d’agriculture.
Mais je pense qu’il faut reconnaître les efforts réalisés et continuer à porter les préoccupations de nos populations auprès des autorités.
Pour moi, le développement ne se décrète pas : il se construit progressivement sur le terrain, projet après projet, et il faut accompagner cette dynamique.
SPORT ET SOCIETE
Les traces de l’info : Pourquoi avez-vous accepté de présider le FC Carrefour de Boghé ? Comment avez-vous été sollicité ?
Alioune Hamza Sarr : J’ai accepté de présider le FC Carrefour de Boghé pour une raison simple : je crois profondément que le sport est un moyen de servir la jeunesse et de renforcer la cohésion sociale.
Boghé dispose d’une jeunesse importante, dynamique et passionnée par le football. Il était donc pour moi naturel de répondre favorablement lorsque des responsables et des acteurs du club m’ont sollicité pour prendre sa présidence.
J’ai accepté après avoir échangé avec les personnes concernées et après avoir compris les ambitions qu’elles avaient pour le club.
Mais je voudrais insister sur un point : je ne considère pas cette responsabilité comme un titre ou comme une position personnelle.
Le FC Carrefour appartient à la jeunesse de Boghé.
Notre objectif doit être de construire un club bien organisé, capable d’encadrer les jeunes, de développer les catégories juniors et seniors, d’améliorer la formation et de représenter dignement Boghé dans les compétitions.
Le football peut également jouer un rôle important dans la prévention de certains phénomènes qui touchent notre jeunesse. Un jeune qui pratique régulièrement le sport, qui évolue dans un cadre organisé et qui bénéficie d’un encadrement est un jeune à qui l’on donne davantage de perspectives.
C’est donc pour moi un engagement sportif, mais aussi un engagement citoyen.
Je souhaite travailler avec les dirigeants, les entraîneurs, les joueurs, les supporters, les autorités locales et les partenaires afin de faire du FC Carrefour un club sérieux, organisé et durable.
Les traces de l’info : Boghé est devenue une plaque tournante de la drogue. Quelle solution proposez-vous pour juguler ce fléau ?
Alioune Hamza Sarr : C’est une question extrêmement importante et qui me préoccupe particulièrement en tant que citoyen de Boghé et responsable politique.
Je voudrais toutefois faire attention aux mots. Je ne voudrais pas donner l’impression que Boghé est une ville entièrement confrontée à la drogue. Boghé reste une ville paisible, dont la population est attachée à ses valeurs et qui rejette largement ce phénomène.
Mais nous devons reconnaître que le trafic et la consommation de stupéfiants constituent une préoccupation sérieuse qui nécessite une réponse ferme.
À mon avis, cette réponse doit être menée sur plusieurs fronts.
D’abord, il faut renforcer la surveillance et le contrôle des axes de circulation et des points de passage, mais également le renseignement et la coopération entre les différents services concernés.
Ensuite, il faut s’attaquer aux véritables réseaux de trafic. Il ne faut pas seulement arrêter les consommateurs ou les petits intermédiaires. Il faut remonter les filières, identifier les organisateurs et appliquer la loi avec toute la rigueur nécessaire. Mais la répression seule ne suffira pas.
Nous devons également agir sur la prévention et surtout sur l’encadrement de la jeunesse. Il faut développer davantage le sport, la culture, la formation professionnelle et les activités destinées aux jeunes.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je considère mon engagement au FC Carrefour comme important. Un club de football ne doit pas seulement chercher des résultats sportifs. Il doit également contribuer à éduquer, encadrer et protéger notre jeunesse.
Enfin, les personnes qui sont déjà confrontées à la dépendance doivent pouvoir bénéficier d’une prise en charge et d’un accompagnement vers la réinsertion.
Donc, pour résumer ma position : fermeté absolue contre les réseaux de trafic, prévention auprès de la jeunesse et accompagnement des personnes victimes de la consommation.
Boghé doit rester une ville de commerce, d’échanges, de culture et de jeunesse, et non un espace favorable aux réseaux criminels.
AGRICULTURE
Les traces de l’info : Que pensez-vous de la décision du gouvernement de recenser les terres agricoles ?
Alioune Hamza Sarr : Je considère que le recensement des terres agricoles est une opération nécessaire et importante pour l’avenir de notre agriculture et particulièrement pour la vallée du fleuve.
En tant qu’expert foncier, je considère qu’on ne peut pas gérer correctement un patrimoine que l’on ne connaît pas suffisamment.
Il est donc important de savoir quelles sont les terres agricoles, quelles superficies sont exploitées, quelles sont celles qui ne le sont pas, quelles cultures y sont pratiquées, quelles infrastructures existent et quelles sont les contraintes rencontrées par les agriculteurs.
Cette connaissance permettra à l’État de mieux planifier ses investissements, notamment dans l’irrigation, l’eau, les aménagements agricoles, les pistes et les infrastructures.
Mais je comprends également les inquiétudes exprimées par certaines populations de la vallée, notamment à Boghé.
Lorsqu’une équipe arrive pour cartographier ou recenser une terre, certains peuvent naturellement se demander : « Pourquoi mesure-t-on ma terre ? Qu’est-ce qui va se passer ensuite ? Il faut donc expliquer clairement la portée de cette opération.
Recenser n’est pas exproprier. Cartographier n’est pas retirer une terre à quelqu’un.
Le recensement est avant tout un travail de connaissance et de planification. Il doit permettre à l’État de disposer de données fiables sur le potentiel agricole du pays.
Mais je pense également qu’il faut que cette opération soit conduite dans la transparence, la concertation et dans le respect des droits des populations.
Pour la vallée et particulièrement pour le Brakna, je souhaite que ce travail permette progressivement de clarifier la situation des terres agricoles, de mieux connaître les exploitations et les occupations existantes et de disposer d’une base fiable pour résoudre les difficultés foncières qui existent.
Je voudrais donc rassurer les populations de Boghé : il ne faut pas considérer cette opération uniquement sous l’angle de la crainte. Il faut aussi y voir une opportunité.
Mieux connaître notre foncier agricole, c’est aussi mieux pouvoir le protéger, le gérer et le valoriser.
Dernier mot
Je voudrais simplement dire que je suis avant tout un fils de Boghé et un citoyen profondément attaché à cette ville et à sa population.
Mon engagement politique, mon engagement dans le domaine foncier et aujourd’hui mon engagement dans le sport ont finalement un même objectif : être utile à ma communauté et contribuer, à mon niveau, à son développement.
Je crois beaucoup en la jeunesse de Boghé. Elle a du talent, de l’énergie et des ambitions. Ce dont elle a besoin, c’est d’un environnement qui lui permette de transformer cette énergie en réussite.
Je souhaite donc que nous dépassions les divisions et que nous travaillions davantage ensemble : élus, cadres, autorités, opérateurs économiques, responsables associatifs, sportifs et surtout jeunes.
Boghé a un potentiel considérable. À nous de le transformer en opportunités concrètes pour notre population.
Je remercie enfin les autorités pour les efforts entrepris en faveur du développement du Brakna et je souhaite que cette dynamique se poursuive, avec une attention toujours plus grande aux préoccupations de nos populations.
C’est dans cet esprit que je continuerai, avec mes modestes moyens, à apporter ma contribution au développement de Boghé et du Brakna.
Propos recueillis par Diop Mohamedou Abou dit HBodiel(les traces de l’info)