APA - BAMAKO (MALI)APA – BAMAKO (MALI)

fr.apanews.net

Les autorités maliennes ont lancé fin novembre une opération de grande ampleur contre les dragues utilisées pour l’orpaillage sur le fleuve Niger. Le 26 novembre 2025, vingt-trois engins ont été détruits à Koulikoro, dans une région où plusieurs études signalent une dégradation rapide du cours d’eau.

Une mission du ministère de l’Environnement et des autorités administratives de Koulikoro a mené une série de contrôles sur le fleuve à la suite de signalements concernant l’exploitation illégale par dragage. Les équipes ont immobilisé 23 dragues dans différents tronçons près de Koulikoro. Les moteurs, pompes et accessoires ont été incinérés sur place le 26 novembre, en présence des services techniques locaux. Les structures métalliques doivent être prises en charge dans le cadre d’un traitement spécifique, selon les autorités régionales.

L’utilisation de dragues est formellement interdite par la législation malienne. Le Code minier adopté en 2023 prohibe l’exploitation par dragage dans le lit des cours d’eau, une interdiction déjà posée par l’ordonnance n°2019-022/P-RM. Plusieurs arrêtés régionaux, notamment à Koulikoro et Ségou, rappellent cette restriction et autorisent la saisie immédiate des engins concernés. Malgré ce cadre réglementaire, des dragues continuent d’opérer dans certaines zones, parfois de nuit pour éviter les contrôles.

Les opérations de Koulikoro interviennent quelques mois après une action de grande ampleur en juillet 2025, lors de laquelle l’armée a détruit 206 dragues et 6 moulins dans la même région. Des interventions similaires ont été menées ces dernières années dans les localités de Mopti, Banankoro, Kangaba, Kolonto et le long du Baoulé, un affluent du Niger. Les autorités locales affirment que ces actions visent à mettre fin à une pratique jugée non conforme à la règlementation en vigueur.

Plusieurs études scientifiques et enquêtes de terrain décrivent l’impact du dragage sur le fleuve Niger. Les engins remuent les sédiments, ce qui augmente la turbidité de l’eau et perturbe les habitats aquatiques. Des observations menées près de Bamako et à Koulikoro indiquent une érosion accrue des berges et une modification du lit du fleuve. Une étude réalisée à Koursalé rapporte que 100 % des habitants interrogés estiment que la qualité de l’eau s’est dégradée à cause des dragues. Des recherches publiées sur les affluents du Niger signalent également une baisse des poissons dans les zones concernées.

Le fleuve Niger fait face à une pression environnementale croissante. Le rejet d’eaux usées, la pollution plastique, l’exploitation minière informelle, l’urbanisation rapide des berges et l’ensablement figurent parmi les facteurs relevés par les spécialistes. Des organisations environnementales rapportent que certains tronçons du fleuve présentent des niveaux de pollution jugés critiques. La navigation locale, la pêche et l’approvisionnement en eau des populations riveraines sont directement affectés par ces évolutions.

À Koulikoro, les autorités ont annoncé le renforcement de la surveillance afin d’empêcher le retour des dragues dans les zones dégagées. Les services de l’Environnement, les Eaux et Forêts, les collectivités et l’Agence du bassin du fleuve Niger doivent assurer un suivi régulier dans les prochaines semaines. D’autres localités ont été identifiées pour des opérations similaires, selon les services techniques.

La destruction des vingt-trois dragues marque une étape supplémentaire dans les actions menées contre l’orpaillage fluvial au Mali. Les autorités locales indiquent que les opérations se poursuivront dans les zones où les engins ont été signalés, tandis que des groupes d’habitants et des pêcheurs attendent des mesures durables pour limiter les effets de ces activités sur un fleuve qui occupe une place centrale dans la vie économique et sociale du pays.

MD/ac/Sf/APA

By Albert C. Diop

HBodiel