Quelque trois millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce samedi pour choisir leur nouveau président, Parlement et conseils municipaux. Le président sortant Julius Maada Bio brigue un second mandat face à douze autres candidats, mais le match va se jouer entre lui et son principal adversaire Samura Kamara, l’homme qu’il a battu de justesse il y a cinq ans.

Un électeurs qui glisse son bulletin dans l’urne, le samedi 31 mars 2018. REUTERS/Olivia Acland

RFI

Au total, 13 candidats seront en lice mais cette présidentielle sera un nouveau face-à-face entre le président sortant Julius Maada Bio et Samura Kamara, un ancien ministre des Finances à la tête du Parti du peuple. Le chef d’État se targue d’avoir introduit la gratuité dans les écoles et d’avoir promu les droits de femmes. Il compte notamment mener ses mesures progressistes comme l’abolition de la peine de mort et une loi sur l’égalité des genres.

En revanche, il essuie de critiques sur son bilan économique, que l’opposition qualifie de « catastrophique ».  En avril dernier, la Sierra Leone a vu l’inflation grimper à plus de 43%. Et justement, c’est sur ce point que mise Kamara, qui, de son côté, promet de restaurer la confiance et d’attirer les investisseurs. Le technocrate a justement fait campagne sur le redressement de l’économie et projette de réorganiser l’agriculture et le secteur minier ainsi que de restaurer la confiance dans la monnaie locale pour stopper la dévaluation.

Le vainqueur a besoin de 55% des voix pour remporter la victoire au premier tour, sinon il y aura un second tour dans les deux semaines.

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Ce vote est aussi plombé par le risque de violence est l’une des inconnues pour ce scrutin dont la tension est montée ces derniers jours depuis que le principal parti d’opposition, l’APC, a exigé la démission du président de la Commission électorale.

Mercredi, des heurts ont éclaté lors d’une manifestation de l’APC, faisant deux morts selon le parti. Le même jour, le siège du groupe a été incendié « dans un acte d’intimidation », a dénoncé Samura Kamara, le président de l’APC.

Autre facteur qui attise les craintes de la population, c’est la diffusion de messages de haine sur les réseaux sociaux, ciblant certains groupes ethniques. Des messages qui « portent atteinte à la paix dans ce pays ravagé par une guerre civile brutale », a estimé l’agence nationale chargée des questions de sécurité.

Les messages partagés sur les réseaux sont des insultes ciblant des éthnies. C’est une direction négative pour notre pays qui remet en cause la stabilité depuis la fin de la guerre civile.

Marcella Samba Sesay, observatoire national des élections

Une «marche pour la paix » a été organisée la veille du scrutin, en Sierra Leone, le 23 juin 2023. © RFI / Marine Jeannin

Une «marche pour la paix» pour éviter les violences

Des organisations de la société civile, en collaboration avec la Commission de régulation des partis politiques, ont organisé une « marche pour la paix » à travers toute la capitale afin de sensibiliser et éviter les violences.

Avec notre envoyée spéciale à FreetownMarine Jeannin

Deux cortèges sont partis simultanément de l’est et de l’ouest de la ville, avant de se rejoindre sous le Cotton Tree, le symbole du pays. Avec les mêmes messages scandés au microphone, diffusés à la radio et imprimés sur les T-shirts : votez en masse, mais surtout, votez dans le calme.

« Votez pacifiquement, rentrez chez vous, attendez les résultats », résume Abdullai Masiambay Bangura, le président de la Commission de régulation des partis politiques (PPRC). Et d’ajouter : « Et si vous avez la chance de gagner, célébrez pacifiquement. Ne vous rendez pas au bureau de vote avec les couleurs de votre parti. Allez-y en tenue ordinaire. Ces couleurs sont le rouge [APC] et le vert [SLPP]. Lorsque les gens les portent dans les bureaux de vote, et que les rouges voient les verts, ou les verts les rouges, des bagarres éclatent. Nous ne voulons pas assister à cela. »

Ces organisations de la société civile ciblent en particulier les jeunes Sierra-Léonais. Ce sont les plus nombreux : plus de 52% des électeurs inscrits ont moins de 35 ans. Mais surtout, ce sont les populations les plus enclines à être instrumentalisées pour les violences post-électorales. « On a réalisé que les politiciens pouvaient instrumentaliser les jeunes, les vingtenaires, parce qu’ils ne savent pas à quel point la violence est mal, ils n’ont pas connu la guerre », analyse Isata Musu Harding, présidente de l’Initiative in Capacity Building Association International (ICBAI).

« Mais nous, si, et on tente de les sensibiliser, y compris dans nos propres communautés. Les années de violence sont derrière nous, mais d’autres pourraient nous attendre. La paix est très fragile », admet-elle. Les électeurs sont attendus demain dès 7h dans les bureaux de vote

By Albert C. Diop

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