Abdallah Sarr son témoignage

MAWDO ISMAEL WANE

Il est des hommes dont la vie dépasse leur propre histoire.

Des hommes dont le parcours professionnel, les responsabilités et les réussites ne constituent qu’une partie de ce qu’ils représentent pour leur communauté. Ismaïla Wane, dit « Mawdo », est de ceux-là.

Né en 1934 à Boghé, il appartient à cette génération de bâtisseurs qui ont connu les premières grandes mutations de notre pays et qui ont, chacun à leur manière, contribué à écrire une page de son histoire.

Aujourd’hui, lorsqu’on évoque Mawdo, on ne peut se contenter d’énumérer les fonctions qu’il a occupées.

Derrière les titres et les responsabilités, il y a surtout un homme, une mémoire, une fidélité et une conscience profondément attachée à sa terre natale et à son peuple.

Son parcours commence à Boghé. De 1954 à 1959, il exerce comme commissaire-écrivain au Casier agricole de Boghé.

Cette première expérience l’inscrit déjà au cœur de la vie économique et agricole de la région, au contact direct des populations et de leurs préoccupations.

De 1959 à 1961, il rejoint la Mission d’aménagement du fleuve Sénégal en qualité de comptable.

Là encore, son destin professionnel se trouve lié à cette vallée du fleuve dont il connaît les réalités, les espoirs et les difficultés.

Puis son parcours prend une nouvelle dimension. En 1973, il devient ingénieur des Travaux, spécialisé en communication. Une compétence qui le conduira progressivement vers les plus hautes responsabilités dans le secteur des télécommunications.

Le 5 février 1981, par décret pris en Conseil des Ministres, Ismaïla Wane est nommé Directeur de l’Office des Postes et Télécommunications.

Quelques mois plus tard, le 16 octobre 1981, il est détaché auprès de l’Union Africaine des Postes et Télécommunications (UAPT).

Cette trajectoire aurait pu suffire à faire de lui une personnalité reconnue.

Mais pour comprendre véritablement Mawdo, il faut regarder au-delà de ses fonctions.

Il faut regarder vers Boghé.

Car malgré les responsabilités nationales et internationales qu’il a assumées, malgré son installation à Nouakchott et malgré les années qui ont passé, Boghé n’a jamais quitté son cœur.

En 1985, à la fin de son détachement, il regagne le pays. Puis, à partir de 1992, il donne une nouvelle orientation à son parcours entrepreneurial en créant la Société de Maintenance, Études et Travaux de Télécommunications (SMETT).

Mais là encore, la réussite professionnelle n’a jamais constitué pour lui une fin en soi.

Ce qui frappe chez Ismaïla Wane, c’est cette fidélité presque viscérale à sa communauté.

Il n’a jamais oublié les siens.

Résidant à Nouakchott, il est resté attentif à ce qui se passe à Boghé. Il écoute, conseille, intervient, mobilise et, chaque fois qu’il le peut, apporte sa contribution.

Il s’est particulièrement investi dans le soutien aux populations agricoles, notamment en œuvrant à la mobilisation de fonds en faveur des paysans du Casier pilote de Boghé.

Ce geste pourrait paraître simple.

Il ne l’est pas.

Car derrière cette démarche se trouve une conviction profonde : le développement d’une communauté ne peut être durable que si ceux qui ont réussi acceptent de tendre la main à ceux qui en ont besoin.

C’est peut-être là que réside la plus belle partie de l’héritage de Mawdo.

  • Pas dans les titres.
  • Pas dans les fonctions.
  • Pas dans les honneurs.

Mais dans cette capacité à rester proche des faibles, à entendre ceux que l’on entend rarement et à considérer que la réussite individuelle n’a de sens que lorsqu’elle peut contribuer au progrès collectif.

Mawdo a toujours été du côté des populations vulnérables.

Et cette fidélité mérite d’être rappelée, particulièrement à une époque où la mémoire collective s’efface trop vite et où l’on célèbre souvent les réussites sans toujours se demander ce que leurs auteurs ont apporté aux autres.

À plus de neuf décennies de vie, Ismaïla Wane est désormais bien davantage qu’un ancien notable de Boghé.

Il est un témoin vivant de plusieurs générations.

Il a vu Boghé changer. Il a vu ses enfants grandir, ses jeunes partir, revenir, réussir ou connaître des difficultés. Il a vu les rêves de développement agricole se construire, les infrastructures évoluer et les générations se succéder.

Il porte en lui une partie de cette mémoire que nous ne devons pas laisser disparaître.

Car une société qui oublie ses anciens finit par oublier une partie de son propre chemin.

Rendre hommage à Mawdo aujourd’hui, c’est donc rendre hommage à une génération.

Une génération qui a connu les privations et les sacrifices, qui a travaillé dans des conditions souvent difficiles, qui a construit avec peu de moyens et qui croyait encore profondément à la valeur du travail, de la parole donnée, de la solidarité et du devoir envers les siens.

Mawdo est l’un de ces hommes dont la grandeur ne réside pas seulement dans ce qu’ils ont accompli, mais dans ceux qu’ils ont continué à servir après avoir eux-mêmes réussi.

Son histoire nous rappelle une vérité essentielle : on peut quitter son village sans jamais quitter ses racines.

Ismaïla Wane a quitté Boghé pour servir l’administration, le secteur des télécommunications, les institutions africaines et l’entreprise. Mais, dans son cœur, il n’a jamais véritablement quitté Boghé.

  • Et peut-être est-ce là sa plus belle réussite.
  • Être resté, malgré le temps, un fils de Boghé.
  • Un fils attentif aux siens.

Un fils qui n’a jamais cessé de regarder vers les rives du fleuve et vers ces populations dont il connaît depuis si longtemps les espoirs et les difficultés.

À Mawdo, nous devons donc plus qu’un simple hommage.

Nous lui devons notre reconnaissance.

La reconnaissance d’une communauté à l’un de ses fils qui a porté haut son nom, qui a servi son pays et qui, au soir d’une longue vie, continue encore à se préoccuper du destin des siens.

Mawdo, votre parcours appartient désormais à l’histoire de Boghé.

Et si les générations passent, si les souvenirs s’estompent et si les hommes disparaissent un jour, certaines valeurs demeurent.

  • La fidélité.
  • La solidarité.
  • Le service.
  • La dignité.
  • Et l’amour des siens.

C’est cet héritage-là que nous voulons retenir de vous.

Ismaïla Wane dit Mawdo : un enfant de Boghé devenu cadre, ingénieur, haut responsable, entrepreneur, mais surtout demeuré, jusqu’au bout, un homme proche de son peuple et fidèle à ses racines.

Que Dieu vous accorde encore de longues années, dans la santé, la sérénité et la dignité.

Et que Boghé n’oublie jamais ceux qui, comme vous, ont consacré une partie de leur vie à faire avancer les autres.

  • À vous, Mawdo, notre respect.
  • À vous, notre reconnaissance.
  • À vous, notre affection.

Et à votre génération, notre promesse : nous n’oublierons pas.

Abdallahi Sarr

By Albert C. Diop

HBodiel