Source : La Dépêche – Mauritanie

Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani serait attendu à Paris début avril 2026 pour une visite d’État à forte « portée symbolique », soulignent nos confrères Africa Intelligence.

Cette visite intervient à un moment charnière. Les relations entre la France et plusieurs pays sahéliens se sont dégradées, sur fond de ruptures politiques, de recompositions géopolitiques et de remise en cause des partenariats historiques comme ce fut le cas du G5Sahel. On ne peut non plus dire que les relations sont chaleureuses avec les pays du Maghreb Arabe. Dans cet environnement mouvant, Nouakchott fait figure d’exception. Le gouvernement mauritanien a, en effet, su préserver une relation de confiance avec Paris, fondée sur un dialogue politique régulier et des intérêts stratégiques convergents, sans renier son attachement à son ensemble sahélien.

Sur le plan diplomatique, Nouakchott et Paris affichent des relations « au beau fixe» en dépit des incidences du discours d’extrême droite française et la mort récente entre les mains de la police française d’un ressortissant mauritanien, victime de maltraitance policière, El Hassen Diarra.

Paris continue cependant de voir en la Mauritanie un acteur stabilisateur dans une région fragilisée par les crises sécuritaires, les transitions politiques incertaines et la pression des groupes armés. De son côté, Nouakchott entend maintenir un partenariat équilibré avec la France, tout en diversifiant ses alliances internationales notamment avec le reste de l’Europe comme le Royaume d’Espagne notamment.

La coopération sécuritaire devrait occuper une place centrale dans les échanges entre les deux chefs d’État. La Mauritanie est souvent citée comme un modèle relatif de résilience face à la menace jihadiste, grâce à une stratégie combinant prévention, contrôle territorial et dialogue avec les récalcitrants ayant conduit au repentit de nombres d’égarés. Cette expérience louée par les partenaires occidentaux dont notamment la France, qui cherche toujours à lifter sa coopération dans la région sahélienne.

Au-delà des enjeux sécuritaires, la visite sera marquée par un accent fort mis sur les échanges économiques. Les relations commerciales entre la France et la Mauritanie sont en progression constante, portées par des investissements dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, des télécommunications et de l’exploitation des ressources naturelles. Le développement du gaz offshore, notamment, ouvre également de nouvelles perspectives de coopération, tant en matière d’expertise que de partenariats industriels.

Des accords et protocoles d’entente pourraient être signés à l’occasion de cette visite, traduisant la volonté des deux pays de renforcer un partenariat économique jugé stratégique. Paris souhaite accompagner les ambitions de développement de la Mauritanie, tandis que Nouakchott cherche à attirer des investissements durables, créateurs d’emplois et de valeur ajoutée locale.

La dimension symbolique de cette visite ne doit pas être sous-estimée. En accueillant le président mauritanien avec les honneurs d’une visite d’État, la France envoie un signal clair : celui du maintien d’un lien privilégié avec un partenaire africain perçu comme fiable, dans un environnement régional devenu plus incertain. Pour la Mauritanie, ce déplacement constitue également une opportunité de conforter sa position diplomatique et de souligner son rôle singulier au Sahel.

À l’heure où les équilibres géopolitiques africains se redessinent, la visite du président mauritanien à Paris apparaît ainsi comme un moment clé, illustrant la volonté commune des deux pays de s’inscrire dans une relation renouvelée, pragmatique et bénéfique pour les deux pays.

(avec médias)

By Albert C. Diop

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