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Lors de la clôture de la sixième Conférence africaine pour la promotion de la paix, l’imam malien a appelé à faire de l’espérance un levier de gouvernance et de réconciliation nationale, alors que son pays traverse une crise sécuritaire et politique profonde.

L’imam Mahmoud Dicko, figure religieuse influente et ancien président du Haut Conseil islamique du Mali, a appelé jeudi à transformer « l’espérance » en véritable politique publique pour reconstruire le Mali, lors de la dernière journée de la sixième édition de la Conférence africaine pour la promotion de la paix, entamée mardi 10 février, en présence du ministre mauritanien des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel, El Fadel Ould Sidati Ould Ahmed Louly, et du cheikh Abdallah Ben Bayyah.

Connu pour son rôle dans le dialogue entre autorités politiques et acteurs religieux au Mali, Mahmoud Dicko intervient alors que son pays est confronté à une crise sécuritaire persistante dans le nord et le centre, aggravée par l’insécurité alimentaire, les tensions intercommunautaires et une instabilité politique durable. Il est également en conflit ouvert avec les autorités de la transition dirigée par le général Assimi Goïta, critiquant certaines décisions du régime et plaidant pour un retour à une gouvernance plus inclusive.

Invité à s’exprimer à la cérémonie de clôture au Centre international des Conférences Moctar Ould Daddah, devant un parterre d’érudits, de responsables politiques et de diplomates, l’imam malien a défendu le concept d’« espérance » comme fondement d’une refondation nationale face aux crises sécuritaires, sociales et économiques qui secouent son pays.

Dans une intervention à forte tonalité religieuse et politique, Mahmoud Dicko a affirmé que l’espérance, en islam, « n’est pas un simple sentiment passager mais une posture de foi profonde », dénonçant le désespoir comme une négation de la miséricorde divine. Citant le Coran, il a insisté sur la nécessité de transformer cette valeur spirituelle en levier concret d’action publique.

Pour le religieux malien, la migration massive des jeunes constitue d’abord « une crise d’espérance plus qu’une crise des frontières ». Il a plaidé pour la création d’alternatives économiques viables dans les zones fragiles, l’adaptation de l’éducation aux réalités du marché local et la relance du développement rural, présenté comme « première ligne de défense contre la migration et le désespoir ».

Abordant la question de la cohésion nationale, il a souligné que la citoyenneté inclusive demeure un enjeu central dans un Mali marqué par une diversité ethnique et culturelle parfois instrumentalisée. « Il ne peut y avoir d’espérance dans un pays où certains se sentent marginalisés », a-t-il averti, appelant à une distribution équitable des services publics et des opportunités afin de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

Mahmoud Dicko a également mis l’accent sur la réconciliation nationale, qu’il considère comme une condition incontournable de la stabilité durable au Mali et dans la région du Sahel. Selon lui, celle-ci ne saurait se limiter à des accords politiques, mais doit s’appuyer sur une justice transitionnelle reconnaissant les victimes, un dialogue national sincère et la construction d’une mémoire partagée. « La réconciliation n’est pas une faiblesse, mais un courage politique et moral », a-t-il déclaré.

Rendant hommage aux autorités mauritaniennes pour leur engagement en faveur du dialogue et de la paix, ainsi qu’au cheikh Abdallah Ben Bayyah pour son rôle intellectuel et spirituel, l’imam malien a estimé que « l’espérance ne s’importe pas de l’extérieur » mais se construit par « une volonté politique sincère, une citoyenneté équitable et une réconciliation globale ».

En conclusion, Mahmoud Dicko, qui a indiqué résider actuellement en Algérie, a transmis les salutations du peuple malien ainsi que celles des autorités algériennes, saluant notamment le président Abdelmadjid Tebboune.

La Conférence africaine pour la promotion de la paix a réuni à Nouakchott des responsables religieux, universitaires et acteurs institutionnels autour des enjeux de stabilité, de dialogue et de coexistence en Afrique.

AC/APA

By Albert C. Diop

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