
- Date de création: 12 février 2026 04:19
(Agence Ecofin) – L’initiative AgriConnect a été dévoilée pour la première fois en octobre 2025 lors des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI. Présentée comme un nouveau cadre visant à renforcer la sécurité alimentaire dans les pays en développement, elle trouve sa première application au Sénégal.
Au Sénégal, le gouvernement a lancé le mardi 10 février le Pacte AgriConnect, une initiative stratégique développée en partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale. Selon un communiqué publié par l’institution financière, ce programme s’inscrit dans le cadre de l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050 et de la Stratégie de souveraineté alimentaire 2025-2034.
L’ambition affichée par les autorités est de parvenir à assurer plus de 90 % de sécurité alimentaire au niveau national d’ici 2029 et de créer 800 000 emplois formels dans les secteurs agricoles et agro-industriels. Selon les informations relayées par l’Agence de presse sénégalaise, APS, le gouvernement mise également sur cette initiative pour sortir 18,8 millions de personnes de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en améliorant la production agricole et alimentaire.
Dans les détails, le programme cible trois chaînes de valeur prioritaires, notamment les céréales, l’horticulture et l’élevage. Les interventions prévues seront axées sur la mobilisation d’investissements dans les infrastructures et services agricoles, la révision des politiques sectorielles pour améliorer l’environnement des affaires, la mobilisation d’investissements privés pour stimuler l’innovation et la compétitivité ainsi que l’installation de 100 coopératives agricoles communautaires.
« AgriConnect est une plateforme modèle de structuration d’un portefeuille de projets liés à l’Agenda national de Transformation. Grâce à des contrats de programmes de filières qui impliquent l’ensemble des parties prenantes, elle vise à atteindre les impacts attendus de la Vision Sénégal 2050, souveraine, juste et prospère », a déclaré Ahmadou Al Aminou Lo, ministre chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050.
Il est attendu d’ici la fin de la mise en œuvre du programme, que la production céréalière couvre 78 % des besoins du marché local contre 48 % actuellement.
Un appui financier massif pour accompagner le secteur privé
La Banque mondiale a annoncé qu’elle doublera ses financements annuels pour l’agrobusiness au Sénégal dans le cadre de cette initiative. L’institution financière prévoit notamment un financement supplémentaire de 5 milliards $ d’ici 2030 via la Société financière internationale (IFC) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) pour soutenir les investissements privés, les partenariats industriels, la transformation locale et l’accès aux outils numériques pour les agriculteurs.
Cet appui financier est opportun et d’autant plus stratégique que le secteur agricole est considéré comme le parent pauvre du financement bancaire. Comme dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne, l’agriculture reçoit moins de 5 % du total des crédits bancaires, notamment en raison des risques liés au climat, aux rendements fluctuants, à la faible structuration des filières et à l’insuffisance de garanties.
Cette situation limite les investissements dans le secteur alors que le potentiel agricole reste encore largement sous-exploité. Selon les données officielles, les terres cultivées au Sénégal sont estimées à 2,5 millions d’hectares sur un potentiel de 3,8 millions d’hectares. En outre, le pays exploite environ 5 % de son potentiel de développement de l’irrigation évalué à 400 000 hectares.
La sous-valorisation de ce potentiel agricole contribue à une dépendance structurelle aux importations de denrées alimentaires. Les données compilées par la CNUCED montrent, par exemple, que les importations sénégalaises de produits alimentaires se sont élevées en moyenne à 1,88 milliard $ par an entre 2021 et 2023, ce qui en fait le deuxième pays de l’UEMOA qui dépense le plus pour les importations alimentaires après la Côte d’Ivoire. Parmi les principaux postes de dépenses figurent principalement les céréales comme le blé et le riz, ainsi que les huiles de cuisson.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA