
Bassirou Diomaye Faye a trouvé un moyen commode pour éviter de se prononcer sur le soutien de l’Afrique à la candidature de Macky Sall. Le chef de l’Etat n’a pas donné d’instructions à son Premier ministre sur cette question, empêchant ainsi un consensus africain sur un nom déjà quasiment plébiscité à travers l’Afrique et le monde. Jusqu’où ira cette politique de l’autruche ?
Par M. GUEYE – Beaucoup de médias sénégalais et internationaux, qui étaient à l’affût des échos d’Addis-Abeba, se sont empressés de relever que la question de la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies n’a pas été évoquée lors du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui s’est tenu dans la capitale de l’Ethiopie. Le Quotidien a pu apprendre que la question a occupé une bonne partie des échanges entre les différents participants. Et même Macky Sall, présent dans la capitale de l’Abyssinie pour l’occasion, a pu éclairer les débats sur la question.
Il ressort de tout cela que le tandem au pouvoir à Dakar s’est organisé pour que la question d’une éventuelle candidature de l’ancien Président sénégalais ne soit pas débattue. Cela a commencé par l’absence de Bassirou Diomaye Faye à ce sommet. On se demande ce qui a pu justifier la non-présence du Président sénégalais à cette rencontre dont l’agenda, en dehors même de la question de la candidature de Macky Sall, aurait requis sa présence. La preuve, notre chef d’Etat n’est pas sorti de son Palais, en l’absence de son Premier ministre.
Cette absence de Diomaye a fait que lorsque des dirigeants africains ont posé la question sur la table, Ousmane Sonko a pu se défausser en toute élégance. Le Premier ministre a ainsi déclaré aux dirigeants présents lors de la rencontre à huis clos, qu’il n’avait pas reçu d’instructions du chef de l’Etat Bassirou Diomaye pour se prononcer dans un sens ou dans un autre sur cette question de candidature.
Quand des chefs d’Etat africains ont tenté de joindre le Président Faye resté à Dakar, ils ont constaté, selon les termes d’un observateur présent à Addis, «que ce dernier avait organisé son injoignabilité». Ainsi, par la force des choses, les dirigeants présents ont été contraints de décider de renvoyer la question à une rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement par visio-conférence, à laquelle le Président Bassirou Diomaye Faye devra nécessairement prendre part.
Une lettre datée du 9 février dernier
Ce point est d’autant plus important qu’aucun dirigeant africain n’a voulu donner l’impression de «faire un enfant dans le dos» des dirigeants sénégalais, en endossant à leur place la candidature de Macky Sall, pour qu’elle devienne la candidature de toute l’Afrique. L’intéressé lui-même l’a rappelé sur place ; il ne se présenterait au poste de Secrétaire général de l’Onu qu’avec l’onction et la bénédiction de son pays et de ses dirigeants. Interrogé par certains chefs d’Etat présents, l’ancien Président du Sénégal leur a donné la garantie qu’il avait touché son successeur sur la question, et lui a écrit une lettre, que Bassirou Diomaye Faye a reçue le 9 février dernier.
Dans cette correspondance, Macky Sall indiquait à son successeur qu’il a été encouragé par certains dirigeants de pays amis à travers le monde, ainsi que par des leaders d’organisations internationales, de présenter sa candidature à la succession de M. Antonio Guterres au poste de Secrétaire général des Nations unies. Il sollicitait donc le soutien de son pays et de son Président à cette candidature. A ce jour, le Président Diomaye Faye n’a pas jugé utile de répondre à ce courrier de son successeur.
Il reste donc à savoir jusqu’à quand les dirigeants sénégalais vont poursuivre avec cette politique de l’autruche. Il serait dommage que du fait de leur manque de détermination, le Sénégal ne puisse présenter de candidature à ce poste prestigieux. De plus, avec Macky Sall, l’Afrique a toutes les chances de remporter ce poste.
A ce jour, les candidatures connues sont celles de Mme Helen Clark, de la Nouvelle Zélande, parrainée essentiellement par le Groupe des Etats d’Europe occidentale. Il y a aussi la Costaricienne Christiana Figueres, soutenue par les Etats d’Amérique latine et les Caraïbes ; candidatures auxquelles s’ajoutent la Moldave Natalia Gherman, appuyée par les Etats d’Europe orientale, et l’ancienne dirigeante chilienne, Michelle Bachelet, qui a le soutien des pays de la Gauche d’Amérique latine, comme le Brésil, le Mexique et Cuba, entre autres.
Une candidature de Macky Sall viendrait rebattre les cartes et rééquilibrer les choses. D’autant plus que même des sources proches de l’Etat affirment qu’en plus de Emmanuel Macron, Donald Trump et Xi Ji Ping ont déjà assuré pouvoir appuyer sa candidature. Et tout le monde sait que Macky a pu tisser de liens plus ou moins solides avec le dirigeant russe Vladimir Poutine, qui pourrait également lui apporter son appui. C’est dire qu’une candidature de Macky Sall pourrait faire l’objet d’un fort consensus à l’Onu. A condition qu’elle entre dans le «Projet» du duo au pouvoir au Sénégal. Si de leur côté, nos dirigeants ne sont pas effarouchés par Seydi Gassama et autres…
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