Uranium : dans son différend avec le français Orano, le Niger fixe les règles du partage de la production

(Agence Ecofin) – Au cœur d’un bras de fer engagé depuis la nationalisation de la Somaïr, le stock d’uranium revendiqué par le français Orano cristallise les tensions entre Niamey et son ancien partenaire historique. Dans un contexte de regain d’intérêt mondial pour le nucléaire, le pouvoir nigérien clarifie la ligne qu’il entend appliquer sur la répartition des volumes produits avant et après la reprise du site d’Arlit.

Dans une intervention télévisée diffusée en fin de semaine dernière, le président nigérien Abdourahamane Tiani a réaffirmé la position de l’État concernant le stock d’uranium de la Somaïr. Selon lui, la part correspondant à l’ancienne participation du français Orano dans l’entreprise désormais nationalisée, ne peut être calculée que sur un volume d’environ 156 tonnes extrait avant la prise de contrôle effective du site par les autorités du Niger.

« La France a ses 63,4 % de 156,231 tonnes. S’ils veulent demain qu’on leur envoie ça, nous payons nous-mêmes le transport pour leur envoyer ça, parce qu’ils étaient là au moment où ça a été produit. Mais tout ce qui a été produit par la suite est nigérien. Et restera nigérien, Inch’Allah », a-t-il déclaré.

Niamey maintient sa ligne

Cette déclaration va dans le même sens qu’une sortie effectuée fin 2025 par les autorités nigériennes. Lors d’un point de presse conjoint, les ministres en charge des Mines et de la Justice avaient développé une argumentation juridique et économique pour justifier la nationalisation de la Somaïr et répondre aux accusations d’expropriation formulées par Orano.

Ils avaient rappelé que la concession d’Arlit, octroyée en 1968 pour 75 ans sur environ 360 km², constitue un droit d’exploitation conditionné et non une cession de propriété du sous-sol, lequel demeure, selon leur lecture, un attribut souverain de l’État. Elles avaient également évoqué l’application stricte de la réglementation minière, mentionnant notamment une mise en demeure adressée à Orano Mining en septembre 2025, pour non-paiement de redevances liées à la concession.

Sur le plan économique, les ministres avaient mis en avant ce qu’ils qualifient de déséquilibre historique dans la commercialisation de l’uranium nigérien. Selon les données présentées, la part commercialisée par l’opérateur français sur plus de 50 ans aurait dépassé sa participation au capital. Niamey évoque une production totale de plus de 80 000 tonnes sur la période 1971 – 2024 et estime que la part effectivement captée par l’État ne reflétait pas sa participation au capital.

Les autorités affirment en outre avoir injecté des financements publics pour maintenir l’activité après juillet 2023, évoquant des investissements de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. Elles indiquent qu’environ 2000 tonnes auraient été extraites depuis lors sous contrôle nigérien, volumes sur lesquels Orano ne disposerait, selon elles, d’aucun droit. Le groupe français conteste cette lecture. Il a engagé des procédures devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).

En attendant un véritable dénouement au litige, rappelons que le prix spot de l’uranium est passé de moins de 66 000 USD la tonne en janvier 2021 à plus de 180 000 USD la tonne fin 2025. Pour le Niger, ce contexte favorable, qui s’explique par un regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire, est une occasion d’augmenter les recettes tirées du secteur, à condition toutefois de retrouver des niveaux de production comparables à ceux du milieu des années 2010.

Louis-Nino Kansoun

Edité par : Feriol Bewa

By Albert C. Diop

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