
Dans le cadre de la renégociation des contrats dans le secteur extractif, l’Etat va reprendre en main l’industrie de production d’engrais phosphaté, a annoncé hier le Premier ministre Ousmane Sonko, lors de la séance des Questions d’actualité au gouvernement.
Par Dialigué FAYE – Le gouvernement poursuit la renégociation des contrats miniers. Et le prochain dossier à éplucher concerne le secteur phosphatier. Déplorant la manière dont la gestion des phosphates du Sénégal a été privatisée, le Premier ministre a annoncé la reprise du secteur. «On va reprendre en main notre phosphate et notre industrie phosphatière, parce que la manière dont elle a été privatisée laisse à désirer. Le Sénégal a été grugé. De 1990 à maintenant, on a perdu plus de 700 milliards de francs Cfa à cause de cette mauvaise privatisation. On va reprendre cette industrie. On va travailler à faire de l’engrais ici, et aller à la conquête du marché sous-régional, au lieu d’exporter toute l’acide phosphorique. C’est ce que nous allons faire, ce qui est différent de ce qui a été fait jusqu’à présent», a déclaré hier Ousmane Sonko, lors de la séance Questions d’actualité au gouvernement.
Plongées dans d’importantes difficultés financières, une dette atteignant près de 271 milliards de francs Cfa, un placement en situation de pré-faillite, les industries de production d’engrais phosphatés dénommées Industries chimiques du Sénégal (Ics) avaient été rachetées en 2014 par Indorama Corporation, un groupe indonésien de la pétrochimie basé à Singapour et présent dans une trentaine de pays. En 2023, 45% de la production annuelle des Ics, soit 154 102 tonnes d’engrais, étaient injectés dans l’agriculture sénégalaise, selon le Directeur général des Ics.
Mais pour le chef du gouvernement, la quantité d’engrais utilisée dans la fertilisation est en deçà des standards, ce qui, selon lui, ne permet pas d’atteindre les objectifs visés dans la production agricole. «Nous utilisons 15 tonnes d’engrais à l’hectare, tandis que la moyenne mondiale est de 140 tonnes à l’hectare. Comment voulez-vous que nous ayons les rendements qu’il faut, alors que nous avons de l’engrais ?», s’est interrogé Ousmane Sonko.
Avant d’annoncer un point de presse dans les prochains jours, pour faire le bilan de la renégociation des contrats miniers, pétroliers et gaziers, au cours de ces deux dernières années.
Replacer la Sonacos au cœur de la politique agricole
Le Pm est également revenu sur la campagne de commercialisation de l’arachide sur laquelle il a été interpellé par des députés. Ousmane Sonko explique qu’en partenariat avec la Banque ouest-africaine de développement (Boad), le gouvernement a mobilisé 50 milliards de francs Cfa dont 28 seront destinés à payer les opérateurs, et les 22 restant permettront à la Sonacos de boucler la campagne. «Il faut qu’on replace la Sonacos au cœur de la politique arachidière au Sénégal. C’est pourquoi on est en train de renouveler les outils de production. A Ziguinchor, toutes les machines ont été commandées. La capacité de trituration de l’usine passera de 200 tonnes/jour à 500 tonnes/jour. L’usine de la Sonacos de Kaolack sera renouvelée pour renforcer la capacité de production, passant de 400 tonnes/jour à 1000 tonnes/jour. L’usine de Diourbel, qui ne faisait que du décorticage, va aussi démarrer la trituration, avec une production attendue de 250 tonnes/jour. Toutes ces usines étaient fermées, et en moins d’un an, elles ont été relancées. Un centre de production sera construit à Médina Yoro Foulah, qui est en train de devenir un bastion arachidier», a indiqué le chef du gouvernement.
Les députés qui sont succédé au parloir, ont fait comprendre au Premier ministre que malgré les mesures qu’il avait annoncées lors de sa visite dans le bassin arachidier, d’importantes quantités d’arachide restent invendues. Avouant la persistance de quelques couacs, le Pm rassure que le gouvernement ne ménagera aucun effort pour relever tous ces défis. «Lors de notre première campagne, il y avait un problème de production. Cette année, la production a été assurée ; même pour la production horticole, il y a eu des records. On a été obligé de geler les importations pour permettre aux producteurs d’écouler leurs récoltes. On ne nie pas qu’il y a encore des problèmes, mais on va les régler. On est à notre deuxième campagne. Et sur les cinq campagnes à venir, les paysans verront les résultats.
En 2021, la Sonacos n’avait collecté que 67 mille tonnes. En 2022, 129 mille tonnes, en 2023, 22 mille tonnes, en 2024, 12 mille tonnes. 2025 coïncidant avec notre première campagne, 155 mille tonnes d’arachide ont été collectées, et cette année, on est déjà à 190 mille tonnes d’arachide collectées. Les deux mois à venir, la Sonacos se déploiera vers le Sud pour acheter le maximum de graines.»
Le gouvernement entend ainsi impulser la nouvelle politique agricole. «J’ai réuni les ministres concernés (Agriculture, Commerce, Finances, Economie) sur les questions de financements, de subventions, de foncier. Si on ne fait pas de réforme foncière, ça va être difficile d’avoir une agriculture», considère le Pm.
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