
Alors que la Cédéao traverse une période de turbulences marquée par le départ des pays sahéliens et plusieurs changements anticonstitutionnels, un différend maritime entre le Ghana et le Togo et un incident frontalier entre la Guinée et la Sierra Leone testent sa capacité de médiation et la solidité de ses institutions.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se trouve confrontée à deux différends internes, dans un contexte régional fragile après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces départs ont accentué les pressions sur l’organisation, qui doit maintenir sa cohésion et sa crédibilité auprès des États restants.
Le premier différend oppose le Ghana et le Togo sur la délimitation de leur frontière maritime. Accra a notifié Lomé, le 20 février, de l’ouverture d’une procédure d’arbitrage international fondée sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Lomé a indiqué « prendre acte » de cette initiative tout en réaffirmant son attachement à un règlement pacifique et équitable, après l’échec de discussions bilatérales entamées depuis 2018. La situation est d’autant plus délicate que le Togo avait auparavant refusé de s’aligner sur les sanctions économiques imposées par la Cédéao aux transitions sahéliennes, et avait été désigné médiateur avec le Sénégal pour négocier un éventuel retour de ces pays dans l’organisation — une médiation qui n’a finalement pas abouti.
Le second dossier concerne un incident à la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone. Conakry affirme avoir interpellé des soldats sierra-léonais accusés d’avoir pénétré sur son territoire, tandis que Freetown soutient que ses militaires se trouvaient dans une zone relevant de sa juridiction et dénonce une violation de frontière. Les divergences portent sur la localisation exacte et la responsabilité de l’incident. Ce différend revêt une dimension particulière puisque le président sierra-léonais, Julius Maada Bio, assure actuellement la présidence en exercice de la Cédéao, imposant à l’institution de garantir l’impartialité de ses mécanismes de médiation.
La situation guinéenne complique également le tableau. Suspendue après le coup d’État de septembre 2021 contre l’ancien président Alpha Condé, Conakry était engagée dans un processus de normalisation avec la Cédéao, facilité par l’élection présidentielle ayant porté au pouvoir le général Mamadi Doumbouya, auteur du putsch et chef de la transition. Ce retour progressif au sein des instances régionales rend la gestion de l’incident frontalier particulièrement sensible.
Ces tensions interviennent à un moment où la Commission de la Cédéao, bras exécutif et moteur opérationnel de l’organisation, s’apprête à être dirigée par le Sénégal pour le mandat 2026-2030. La désignation a été actée lors de la 68ᵉ session ordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement à Abuja. Dakar hérite d’une responsabilité lourde : piloter l’intégration ouest-africaine et coordonner la prévention des crises dans un environnement particulièrement instable. La Commission, en tant qu’organe opérationnel, dispose d’instruments tels que les bons offices, missions d’évaluation et facilitation politique, qui seront essentiels pour gérer simultanément les différends entre États membres et préserver la stabilité régionale.
La capacité de la Cédéao à traiter ces dossiers avec impartialité et efficacité, tout en consolidant ses institutions communautaires, constituera un indicateur clé de sa crédibilité et de sa pertinence dans un contexte ouest-africain en pleine recomposition.
AC/APA