
AG\ASSEMBLÉE NATIONALE : INSTALLATION 15e LÉGISLATURE ET PREMIÈRE SESSION ORDINAIRE
Les députés sénégalais ont entamé ce mardi 3 novembre, en séance plénière, l’examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, au lendemain de deux rejets successifs du texte par la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire.
À l’ouverture des travaux, le gouvernement appelle à son adoption, estimant que cette révision budgétaire est nécessaire pour adapter les finances publiques aux nouvelles contraintes de l’État.
Dans un communiqué publié le 31 octobre, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan dit prendre acte de cette deuxième décision négative de la Commission, intervenue à l’issue de sa réunion du vendredi 30 octobre, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre les échanges avec les parlementaires.
Le département de Cheikh Diba soutient avoir transmis aux députés, le 30 octobre, un document détaillé en réponse à un mémorandum reçu quatre jours plus tôt et exposant les principales préoccupations du groupe parlementaire PASTEF.
Selon le ministère, plusieurs séances d’échanges ont permis d’apporter des éclaircissements sur les subventions énergétiques, les bourses de sécurité familiale et les dépenses prioritaires. Les pièces justificatives demandées auraient également été communiquées aux parlementaires.
Le gouvernement déplore toutefois que, malgré ces explications, la Commission ait maintenu son opposition au projet sans formuler, selon le ministère, d’amendement ni de contreproposition.
Pour l’exécutif, l’adoption de la LFR est essentielle pour adapter le budget aux nouvelles contraintes financières, après les modifications importantes des prévisions initiales de recettes et de dépenses. Le ministère met notamment en garde contre les risques d’une prolongation de l’incertitude budgétaire, susceptible de compromettre la mobilisation des financements nécessaires en 2026 et d’accentuer les tensions sur la trésorerie de l’État.
Cet appel intervient dans un contexte de marges de manœuvre budgétaires réduites, de difficultés d’accès aux marchés financiers et de négociations en cours avec le Fonds monétaire international (FMI). Le gouvernement estime que ces contraintes pourraient affecter les dépenses prioritaires et la reprise des investissements.
Déposé à l’Assemblée nationale le 18 septembre, le projet de LFR ramène les recettes budgétaires à 5 848,7 milliards de FCFA, contre 6 188,8 milliards initialement prévus, et porte les dépenses à 7 583,9 milliards, contre 7 433,9 milliards. Le déficit est ainsi réévalué à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % dans la loi de finances initiale.
Le texte prévoit notamment une hausse de 540,3 milliards de FCFA des subventions énergétiques, portées à 790,3 milliards, et une réduction de 555 milliards des crédits d’investissement.
La Commission des Finances avait rejeté une première fois le projet le 23 octobre, ainsi que les deux amendements gouvernementaux. Le texte avait ensuite été renvoyé en commission le 27 octobre, à la demande du ministre Cheikh Diba, afin de poursuivre les discussions avec les députés. La nouvelle concertation n’a cependant pas permis de dégager un accord.
La crise autour de la LFR 2026 intervient dans un contexte de rupture politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et leader du Pastef. Après plusieurs mois de divergences sur la conduite du pouvoir, les orientations politiques et économiques ainsi que la gestion des affaires publiques, le chef de l’État a mis fin aux fonctions de son Premier ministre le 22 mai 2026. Ousmane Sonko a ensuite été élu président de l’Assemblée nationale, tandis que le Pastef a choisi de ne pas intégrer le nouveau gouvernement.
Cette séparation s’est davantage concrétisée le 25 juillet 2026 avec le lancement officiel, à Dakar, de Kiiraay – Les Patriotes républicains, le parti politique du président Faye, issu de la transformation de la coalition « Diomaye Président ». Cette formation vise à structurer le camp présidentiel et à fédérer les partis et mouvements soutenant l’action du chef de l’État, tandis que le Pastef d’Ousmane Sonko conserve sa majorité à l’Assemblée nationale.
La séance plénière de ce mardi constitue ainsi une nouvelle étape dans les tensions entre les deux pôles politiques issus de l’ancienne alliance présidentielle, sur fond de désaccords autour des choix budgétaires du gouvernement.
AC/Sf/APA